Villes étapes

 

 
 

Les villes étapes

 

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Merville

2
Saint Omer

3
Licques

4
La Capelle





 

Merville, l’île flamande

Ce n’est pas pour rien que l’ancienne cité drapière flamande se dénommait au XVe siècle Meerghem, le hameau de la mer.
Née autour du monastère fondé à la fin du VIIe siècle à quelques kilomètres de la forêt de Nieppe, ancien port fluvial important où prospéra un grand chantier de bateaux au pont des Capucins, Merville est sillonnée par 25 kilomètres de cours d’eau. Pas moins de 17 ponts et passerelles enjambent la Lys, la Vieille Lys, la Bourre et la Plate Becque, offrant aux r andonneurs pédestres ou cyclotouristes un joli circuit touristique jalonné de plaques bleues et d’un logo évocateur.

17 ponts et passerelles

On en franchit trois lorsqu’on pénètre dans cette cité quasi lacustre par la D122 : le pont (alléchant !) de la Bonne Friture sur la dérivation de la Vieille Lys (du nom de l’ancien estaminet où l’on dégustait du poisson frit), les Deux-Ponts (levis) sur la Lys qui enserre dans un bel écrin un parc de 8 hectares, incluant un étang, où se dressent les perches du tir à l’arc, et le pont Saint-Pierre, sur la Lys encore, où les commerçants en bateau devaient autrefois payer des droits.
Le centre de Merville lui-même, véritable île au pied des monts de Flandre, est entouré par les eaux aux rives verdoyantes. C’est tout le charme de cette ville de 10 000 habitants entièrement détruite au cours de la Première Guerre mondiale et reconstruite dans le style néoflamand.
A l’image de ses grands édifices signés Louis-Marie Cordonnier, le célèbre architecte nordiste à qui l’on doit entre autres la Chambre de Commerce et l’Opéra de Lille ou le Palais de la Paix de La Haye : l’hôtel de ville et son beffroi de 54 mètres de haut, l’église Saint-Pierre et ses deux hautes tours carrées surmontées d'une calotte byzantine, ou encore l’ancien séminaire devenu Maison Diocésaine d’accueil.

La cité des « Caous »

Outre le tir à l’arc à la perche verticale au parc des Près, la pêche, bien sûr, à l’étang et sur les nombreuses rives, les joutes nautiques aux Deux-Ponts, mais aussi les activités aéronautiques sur l’aérodrome utilisé aussi par l’institut de formation de pilotes Amaury de la Grange, comptent parmi les traditions et les loisirs de la « Cité des Caous » : les chats en patois local, symboles de la ville en référence à l’époque où, vers 1566, les « Gueux » auraient profané le tabernacle de l'église en y enfermant un chat.
Le Caou est avec saint Antoine, l’ermite tenté par le diable, l’un des géants de la ville héros du cortège carnavalesque du lundi de Pâques ; et il a donné aussi son nom à la brasserie locale créée en 2005 : l’un des produits du terroir avec les labellisés haricots « lingots du Nord », flageolets verts et « pomme de terre de Merville ».
La cité de l’eau sait vous mettre l’eau à la bouche !

 


L’abbaye Saint-Bertin : aux portes de l’histoire audomaroise

C’est un site quasi wagnérien : un vaisseau fantôme de pierre ancré près des rives de l’Aa aux portes de Saint-Omer, et de son histoire. Les ruines si romantiques de l’abbaye Saint-Bertin, qui ont tant inspiré les artistes du XIXe siècle, invitent à se recueillir et à naviguer dans le passé.
C’est ici qu’est née cette belle ville du Pas-de-Calais : sur la modeste butte de Sithieu, entourée de marais, où un propriétaire converti légua au VIIe siècle son domaine à l’évêque de Thérouanne Audomar. Chargé par le roi Dagobert de christianiser l’Artois et la Flandre, le futur saint Omer fondera un monastère au pied de la butte avec l’aide de trois moines bénédictins, dont Bertin, originaire de la région de Coutances.
Après la mort d’Audomar, ce dernier poursuivra l’édification de l’abbaye autour de laquelle se développera peu à peu la cité audomaroise.
Au premier sanctuaire carolingien succédera une église romane, édifiée au milieu du XIe siècle, dont il subsiste quelques chapiteaux et des fragments de la mosaïque du chœur, conservés au musée de l’hôtel Sandelin ; puis la belle église gothique Saint-Bertin en pierre calcaire blanche construite du XIIIe au XVIe siècle, de 122 mètres de long, 40 de large au transept et 25 de hauteur sous voûte, avec une tour-porche de 48 mètres de haut.

Haut lieu d’art et d’histoire

Devenue très vite l’une des abbayes les plus influentes du Nord de l’Europe, elle sera aussi bien un haut lieu d’art qu’un haut lieu d’Histoire. Ainsi, le dernier des Mérovingiens, Childéric III, déposé par Pépin, y fut tonsuré et enfermé ; les comtes de Flandres s’empareront des lieux après les invasions vikings ; princes et rois tels François Ier, Charles Quint ou Louis XIV viendront y prendre logis lors de leur passage, dans le quartier des princes construit à cet effet dans le cloître; et deux chapitres de l’ordre de la Toison d’Or y seront même tenus.
L’abbaye Saint-Bertin prospérera durant de longs siècles avant d’être en partie détruite à la Révolution puis de servir de carrière de pierre à partir des années 1830 – y compris pour la construction de l’hôtel de ville ! -, malgré les protestations lyriques de Victor Hugo. Dernier outrage de l’Histoire : ébranlée par les bombardements de la Seconde Guerre mondiale, la tour s’effondrera en 1947.

Sous la garde de l’abbé Suger

Restent donc ces ruines fascinantes, témoins d’une si longue histoire, au cœur d’un superbe parc paysager aménagé en 2007 qui donne une image évocatrice du site original.
Le tout sous la bonne garde de l’abbé Suger, homme de confiance des rois Louis VI et Louis VII et abbé de Saint-Denis, représenté avec deux des attributs du pouvoir royal, la couronne et la main de justice, en tant que régent du royaume durant la Croisade.
Un intrus, pourtant : sa statue de 4,50 mètres de haut en marbre blanc faisait partie des douze sculptures de grands hommes d’État, destinées à l’origine à orner le Pont de la Concorde à Paris ; trop lourdes, elles avaient rejoint le château de Versailles, lequel décida un siècle plus tard de les confier à des villes en lien avec l’histoire du personnage. Sauf qu’une confusion avec un autre ecclésiastique laissa penser que Suger était audomarois, alors qu’il était originaire de la région parisienne.
Le bon saint Bertin ne s’en plaindra pas.

 


Licques, c’est... bucolique !

Les amoureux de la nature sont comblés. Au carrefour du Boulonnais, du Calaisis et de l’Audomarois, dans la verdoyante vallée de la Hem où ce petit affluent de l’Aa prend ici sa source, le si charmant bourg de Licques offre des paysages bucoliques de bocage, de pâturages, de champs, de bosquets et de collines boisées.

La randonnée et les volailles

Un véritable paradis de la randonnée ! Trois circuits vallonnés de balades pédestres y ont d’ailleurs été tracés, permettant de jouir sur les hauteurs de vues splendides, y compris, par temps clair, sur le littoral jusqu’à la frontière belge.
Un paradis aussi de l’élevage en plein air des gallinacés. La grande façade en verre de l’abattoir de la coopérative Licques Volailles annonce d’ailleurs la couleur lorsque la route de Clerques et du hameau de Courtebourne vous conduit aux portes de ce village de 1 600 habitants.
C’est quasiment un réflexe pavlovien : quand on vous dit Licques, vous pensez aussitôt à la dinde, ou encore au poulet, à la poularde voire au chapon fermiers Label Rouge, élevés en plein air dans les grasses prairies et nourris exclusivement aux céréales qui ont fait la réputation de ce lieu béni par un microclimat et un sol riche.

La célèbre Fête de la Dinde

En y regardant de plus près, le passant pourra d’ailleurs apercevoir sur la gauche un grand dindon sur pied en pierre trônant au milieu de la pelouse. Vous avez le bonjour du regretté Alfred, une belle bête de 12 kg, devenue la mascotte de la Confrérie de la Dinde, qui avait été dressée pour faire la roue lors des animations; volé en 1992 à Arras, il n’avait jamais été retrouvé.
Créée il y a plus de trente ans, la confrérie gastronomique anime chaque année à la mi-décembre la grande Fête de la Dinde, classée parmi les cent plus belles fêtes de France.
L’événement le plus spectaculaire en est le traditionnel défilé du dimanche matin dont les gallinacées sont chaque année les reines – sauf lors de la toute dernière édition où elles ont dû être confinées en raison des mesures de précaution imposées dans le contexte de la grippe aviaire.
La parade finale se déroule sur la place haute De Gaulle, là où tout a commencé : devant la splendide église abbatiale classée reconstruite au XVIIIe siècle et un ancien bâtiment conventuel de la même époque où est installée la mairie.
Ce sont les derniers témoins de l’abbaye du XIe siècle confiée un siècle plus tard aux prémontrés, une communauté fondée par saint Norbert à Prémont dans la région de Laon.
Pour leur consommation personnelle au départ, les moines allaient introduire au XVIIe siècle l’élevage à Licques de ce gallinacé originaire des Amériques, chassé et domestiqué par les Indiens qui utilisaient plumes et ergots pour leurs flèches, puis importé en Europe par les conquistadors espagnols.

L’abbatiale au clocher raccourci

D’architecture restée gothique, l’église Notre-Dame de la Nativité se distingue entre toutes par son clocher très raccourci : sa flèche de 50 mètres fut foudroyée en 1795, entraînant dans sa chute chœur et transept, ce qui lui laissa une seule nef qui fut clôturée par une abside semi-circulaire.
Visible de loin en haut de sa butte, elle est l’autre emblème de Licques, le point d’orgue de cette bien jolie symphonie pastorale.

 


La Capelle : le poumon vert de Boulogne-sur-Mer

C’est un joli petit village du verdoyant bocage boulonnais, niché au cœur du parc naturel régional des Caps et Marais d'Opale à sept kilomètres à peine à l’est du premier port de pêche de France.
Adossé à la forêt domaniale qui occupe la moitié orientale de son territoire, La Capelle-lès-Boulogne est le véritable poumon vert de la capitale de la Côte d’Opale.

Le Sentier des Aulnes

L’un des dix circuits de balades et randonnées pédestres de la communauté d’agglomérations lui est même consacré : le Sentier des Aulnes.
Partant du parking de la mairie, il propose une petite boucle dans l’un des principaux massifs forestiers du département (2 018 hectares) riche en feuillus, en faune et en flore; cette balade a dû être temporairement suspendue en septembre dernier, hélas, en raison de la maladie du frêne, la principale essence locale avec le chêne, mais elle devrait pouvoir être à nouveau proposée en juin.
La forêt fut aussi un site stratégique pendant la Seconde Guerre mondiale : elle abrita des unités autonomes canadiennes qui perturbèrent l’artillerie allemande avec l’aide de résistants, dont le lieutenant FFI Marcel Caudevelle et Jean Legrand, membre de son groupe, tués par un obus ennemi le 9 septembre 1944.
Deux rues principales de La Capelle sur la D234 qui enjambe la voie rapide portent leur nom en mémoire de ces valeureux « combattants de l’ombre ».

Une école d’équitation...

Dans un complexe de loisirs et de sports très nature comprenant un parcours de santé, une aire de pique-nique, un terrain de camping et le terrain de football du club de l’ancien arbitre international Stéphane Lannoy, se dresse un centre équestre de renom qui compte une vingtaine de chevaux et une vingtaine de poneys, et trois cents licenciés... pour mille cinq cents habitants : l’École d'Équitation du Boulonnais, agréée en tant que centre de formation technique de moniteurs, maintes fois titrée premier club de France en saut d'obstacles aux championnats de France de Lamotte-Beuvron.

...et un château du XVIIIe siècle

Une bien jolie performance pour ce village connu autrefois pour l’élevage modèle de moutons du château de Conteval édifié dans les années 1779-80 par le sieur François Delporte sur une concession du domaine royal.
Il importait clandestinement d’Angleterre plusieurs centaines d’ovins dans le but de parvenir à produire une laine comparable à celle d’Outre-Manche – ce qui avait valu à la famille d’être anoblie par Louis XVI.
Il n’y a plus aujourd’hui de moutons, mais on peut visiter à l’occasion les parcs et jardins d’acclimatation de ce château niché dans la verdure aux nombreux arbres remarquables et plantes exotiques.
Ce poumon vert a décidément du souffle.